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Le violon tout-terrain de Patricia Kopatchinskaja - La musicienne est une belle héritière de lesprit de Menuhin, par son talent démesuré et son engagement caritatif en faveur de Terre des hommes.
Mathieu Chénal, 24-Heures (Lausanne), 12.8.2010: «La Moldavie est un des pays les plus pauvres dEurope. Y retourner en 2009 après 20 ans dexil en Occident a été un choc. Jai vu des situations dramatiques.Mais les enfants que jai rencontrés ne comprenaient pas pourquoi je pleurais, tellement ils sont habitués à cette misère.» Samedi dernier à Saanen, à loccasion du cinquantenaire de Terre des hommes, la violoniste Patricia Kopatchinskaja a raconté son engagement auprès de cette fondation partenaire du Menuhin Festival Gstaad. En quelques mots simples et touchants, la violoniste moldave a décrit son rôle dambassadrice humanitaire, en témoignant ici du travail mené par Terre des hommes et en donnant en Moldavie des concerts pour les jeunes. «Il y a beaucoup dexcellents musiciens là-bas. Jaimerais leur ouvrir un monde», dit-elle à sa façon.
Son engagement sans bornes, Patricia Kopatchinskaja le met aussi au service du Menuhin Festival Gstaad, en acceptant d'echanger à la dernière minute de programme et de partenaire. Lesprit dun festival se crée aussi dans lurgence. Evidemment, les festivaliers étaient déçus dapprendre lempêchement pour cause de maladie du pianiste
Fazýl Say, partenaire habituel de la violoniste. Mais Patricia Kopatchinskaja avait réussi à faire venir en urgence du Luxembourg son amie Polina Leschenko, enceinte de 8mois! A lissue du concert, elle racontait les détails rocambolesques de cette solution de rechange: «Polina est arrivée chez moi à Berne avec son mari la veille du concert et le soir même jai fait venir quelques amis et voisins pour répéter ce programme presque entièrement inédit pour moi.»
Exit donc Beethoven et le blues de Ravel; à Saanen, la violoniste moldave et la pianiste russe se sont jetées à corps perdus dans la 1re Sonate de Schumann, avant de terrasser les auditeurs dans la 1re Sonate dAlfred Schnittke animée dune rage affolante.
Seules rescapées du programme initial, les Six danses roumaines de Bartók affichaient sous larchet de la violoniste une douleur inaccoutumée. La soirée sachevait sur la fameuse Sonate de Franck prise à un tempo denfer. Patricia Kopatchinskaja ne peut retenir son énergie débordante, mais il y a chez elle un idéal de lexcès qui rend fascinants les risques insensés quelle prend.
Nations unies
Paris, Théâtre du Châtelet, 02/21/2010
Johannes Brahms : Trio avec piano n° 1, opus 8;
Dimitri Chostakovitch : Trio avec piano n° 2, opus 67
Henri Sigfridsson (piano), Patricia Kopatchinskaja
(violon), Sol Gabetta (violoncelle)
Simon Corley, www.concertonet.com du 21.2.2010: Finlande, Moldavie et Argentine: le trio formé par Henri Sigfridsson (né en 1974), Patricia Kopatchinskaja (née en 1977) et Sol Gabetta (née en 1981) revendique un cosmopolitisme aussi inattendu que réjouissant, dautant que la violoniste aux pieds nus réside à Berne et que la violoncelliste est née de parents russe et français. Leur programme est en revanche moins original: deux piliers qui viennent dêtre donnés à Paris voici quelques jours.
Risque ou tentation pour lauditeur, linévitable comparaison ne penche pas en leur faveur dans le Premier trio (1854) de Brahms. A la différence de François-Frédéric Guy, Ilya Gringolts et Marc Coppey moins dune semaine plus tôt aux Bouffes du Nord, voilà un Brahms physique et instinctif, à lemporte-pièce, à force de coups darchet rageurs, déclairs, de ruptures: une surexcitation permanente qui pourrait traduire la fougue et limpatience du jeune compositeur laffaire est expédiée en moins de 35 minutes (en omettant la reprise du premier mouvement) si elle nétait par trop systématique, négligeant les passages plus lyriques ou poétiques. Du coup, le bouillonnement reste souvent brouillon, manquant de précision, quand ce nest pas volontaire de la part de «PatKop», qui détimbre et joue dune intonation étrange.
En revanche, dans le Second trio (1944) de Chostakovitch, la qualité instrumentale, notamment de la violoncelliste dès ses harmoniques liminaires, lemporte sur la prestation dAlexander Kobrin, Roman Mints et Kristina Blaumane voici dix jours à Gaveau. En outre, le caractère de luvre, sa charge émotionnelle, son écriture riche en «effets spéciaux», conviennent sans doute mieux au travail de la violoniste sur la sonorité et à lardeur des trois musiciens à défendre une interprétation extériorisée et exagérée, voire extrême, qui sait toutefois se mettre en veille le temps dun Largo central dune belle tenue.
Pas moins de trois bis leur permettent de saluer certaines de leurs patries dorigine: dabord un arrangement de la Valse triste (1903) de Sibelius minaude comme du (mauvais) Kreisler et sépanche comme du (mauvais) Rachmaninov; puis «La Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont de Paris», extrait de La Gamme et autres morceaux de symphonie pour le violon, la viole et le clavecin (1723) de Marin Marais, va bien au-delà, comme on sen doute, de toute orthodoxie esthétique; enfin, «Invierno Porteno» (1970), extrait des Quatre saisons de Buenos Aires de Piazzolla, ne manque pas de tempérament.
Fazil Say et Patricia Kopatchinskaja - duo au talent extraordinaire
Ouest-France, 13. 2010:Jeudi soir, le Quartz à Brest accueillait le pianiste et compositeur Fazil Say et la violoniste Patricia Kopatchinskaja. Un duo éblouissant qui joue avec fougue et véhémence un Beethoven exubérant, un Ravel pétri de jazz ou un Bartók aux accents de swing audacieux. Un jeu tout en contraste, explosif (excessif diront peut-être certains médisants). Les oeuvres sont littéralement réinventées et c'est un plaisir rare de les redécouvrir sous cet éclairage tonique.
Ce duo est issu de la rencontre de deux tempéraments hors du commun qui ont su trouver une rare complémentarité. Le son magnifique de Patricia Kopatchinskaja, sa hardiesse et son enthousiasme se fondent avec la passion, la virtuosité, et le talent d'improvisateur et de compositeur de Fazil Say dans un programme subtilement composé.
Un parcours débutant avec Beethoven pour s'achever sur une sonate pour piano et violon composée par le pianiste turc.
Petit clin d'oeil et retour sur Beethoven en bis : les deux musiciens ont donné une Lettre à Élise revisitée jazz, très appréciée du public. Si appréciée qu'à la sortie de la salle on pouvait entendre exprimer quelques regrets de n'avoir pas entendu d'autres variations jazz de grands classiques !
Bouquet de surprises: Beethoven, Concerto op.61, Romances 1&2, ConcertoWoo5 / Kopatchinskaja/ Herreweghe
(MDM) , la libre culture 4.12.2009: Dabord une version essentielle du concerto op. 61, inspirée du jeu agile et raffiné prêté à FranzClément (créateur de loeuvre en 1806), loin des habitudes athlétiques de lépoque; canalisant ses immenses moyens, la violonistemoldave excelle dans cette approche, encouragée par un orchestre vif, coloré, et jouant sa propre cadence, écrite à partir de celle seule autographe de la version pour piano du même concerto, avec timbales et, dans ce cas, superposition truquée des voix (un peu toomuch).DeuxRomances encore, oeuvres de jeunesse simples et parfaites, et le fragment rescapé dun 1er concerto (1790-92?) interrompu de façon aussi abrupte que la partition.
Ludwig van Beethoven - Concerto et Romances pour violon et orchestre, Patricia Kopatchinskaja (violon), Orchestre des Champs-Élysées, dir. Philippe Herreweghe
1 CD Naïve. 4F
Gilles Macassar, Telerama (France), 17.10.2009: On s'étonnait que Philippe Herreweghe n'ait pas encore enregistré le Concerto pour violon de Beethoven. Il attendait d'avoir trouvé la perle rare, l'archet funambulesque qui s'harmoniserait aux instruments d'époque de son orchestre pour revisiter ce monument classé du répertoire. Il l'a trouvé en la personne de la jeune violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja. Comme pour ses enregistrements des symphonies de Bruckner, Philippe Herreweghe prend voluptueusement le contre-pied des interprétations traditionnelles, où orchestre et soliste, très « va-t-en-guerre », rivalisent en défis napoléoniens. Amateurs de joutes martiales ou de sports de combat, s'abstenir. Ici, soliste et orchestre s'accordent et se fondent dans l'intimité raffinée, le commerce attentif et chaleureux de la musique de chambre. Le résultat est particulièrement séduisant (ou perturbant) dans le larghetto central, méditation songeuse en sol majeur, qui rejoint, par ses interrogations hésitantes, ses épanchements lunaires, l'andante con moto énigmatique du quatrième concerto pour piano, lui aussi en sol majeur. Rien que pour ce rapprochement aussi inattendu qu'éclairant, cet enregistrement insolite vaut le détour.
CD classique: Beethoven au violon
LS, Tribune de Genève 19.09.2009: Née en Moldavie la violoniste Patricia Kopatchinskaja fait partie de cette nouvelle génération de solistes capables de jouer avec aisance tous les répertoires. Aux côtés de l Orchestre des Champs Elysées sur instruments d époque dirigé par Philippe Herreweghe la jeune virtuose revisite les oeuvres concertantes pour violon de Beethoven dont le célèbre Concerto en ré majeur et un fragment de jeunesse resté inachevé. L' interprétation est à la fois libre, surprenante et débordante de fougue On dresse l'oreille et on en redemande!
Beethoven: un sacrilège vivifiant!
Stéphane Renard, l'ECHO, 12.9.2009: Ah, l'insolence de la jeunesse! Peut-on vraiment traiter Beethoven comme cela? Mais bien sûr, répond sans ciller Patricia Kopatchinskaja, jeune violoniste Moldave dont il est urgent d'apprendre à prononcer le nom. On dispensera de l'effort les amoureux d'un Beethoven interprété selon la tradition, fût-elle parfois un peu convenue. Mais les autres, dont l'appétit de mélomane s'aiguise à la seule idée de voir rafraichis les poncifs du répertoire, peuvent déjà saliver. C'est à des sérieux tubes beethoveniens - le concerto pour violon, les romances op. 40 et 50 - que s'attaque la demoiselle en question. Et cela déménage! Virtuosité inventive, énergie débordante, ornementations personelles, rien ne manque à cette interprétation musicalement culottée, mais historiquement défendable. Il reste, en effet, quelques mystères non élucidés sur l'interprétation "définitive" qu'aurait souhaitée Beethoven pour ce concerto achevé à la hâte. Forte d'une étude attentive des partitions, Patricia Kopatchinskaja choisit d'en revenir à un violon léger, subtil et charmeur. C'est celui qui défendit le violoniste Franz Clément, créateur du concerto en 1802, et dont le jeu aérien s'opposait aus lourdeurs du style alors à la mode. La liberté de cette interprétation-ci n'est donc pas si anachronique qu'il y paraît: la version imprimée définitive du concerto est restée inconnue. Cette escapade musicale hors des sentiers que l'on croyait définitivement balisés est d'autant plus plaisante qu'elle se fait en compagnie de Philippe Herreweghe et son orchstre des Champs-Elysées, fidèles complices de cette lecture joyeusement sacrilège du grand Ludwig. (1 CD, Naïve).
Commentaire: Les ornementations ne sont point personelles mais toutes prises du manuscript autographe de Beethoven.
Patricia Kopatchinskaja, archet provocateur
Miriam Equiliz, Le Courrier (Genève), 15.8.2009: La violoniste aux pieds nus et aux convictions débridées sera mardi à Genève, pour défendre sa vision de l'interprétation «historiquement informée».
«Etonnez-moi!» Une citation, un peu. Un point d'exclamation, beaucoup. Une profession de foi, surtout. Patricia Kopatchinskaja s'explique avec cette ébullition de malice qui la caractérise à tant d'égards. «Suivre cette célèbre phrase de Diaghilev (grand patron en son temps des Ballets russes à Paris, ndlr), c'est trouver ce qui compte vraiment, ici et maintenant, pour créer la 'sensation' auprès du public». Ici et maintenant.
Oui, PatKop comme certains la surnomment est une jeune violoniste d'aujourd'hui qui, comme tant d'autres, jouent la musique du passé. La Sonate Kreutzer de Beethoven par exemple, qu'elle s'offrira mardi à Genève, dans le cadre du Festival Musiques en été. Elle l'enregistrait l'année dernière pour Virgin Classics, après une enfance passée dans sa Moldavie natale, des études à Vienne et Berne, et quelques prix remportés dans les principaux concours internationaux. Une grande oeuvre du répertoire, un premier disque sous gros label, rien de plus normal.
«plus brûlant que le hard rock»: Et pourtant. Avec elle, Beethoven fait du bruit, et le sérail de la presse spécialisée s'emballe. Cette Kreutzer ne caresse pas dans le sens du crin: le violon frotte, feule, bondit hors de son bois, tandis que Fazil Say, doigts haut voltage, déferle un piano torrentiel et nerveux. Il y a une rage fébrile dans cette façon de sourdre les aigus, une hargne pressurisée dans ces accents en dents de scie qui ricanent jaune. «Sauvage», «excessif», «anti-musical», disent les uns. «L'inventivité incarnée», «plus brûlant que le hard rock», disent les autres. Pas de doute, la tourbillonnante octosyllabe sait faire parler d'elle. Elle arpente la scène pieds nus, et n'a pas sa langue dans sa poche. Mais encore?
«Nous n'atteindrons pas les oreilles et les imaginaires d'aujourd'hui avec les reproductions mécaniques, polies et prévisibles que l'industrie du disque veut nous vendre.» Dont acte. Pour Patricia Kopatchinskaja, une performance exempte de tout contexte contemporain devient une répétition dénuée de sens: «Ceux qui ont entendu Vivaldi de son vivant rapportent l'incroyable audace de sa virtuosité. Du temps de Beethoven, les critiques ont qualifié la Sonate Kreutzer de 'terrorisme esthétique et artistique'. Et Brahms a composé son Quatuor avec piano en do mineur en pensant au Werther de Goethe et à ses amours contrariées. Une interprétation véritablement 'historique' devrait donc dévoiler à quel point Vivaldi pouvait être audacieux, Beethoven terroriste ou Brahms mélancolique.»
Historique. L'adjectif, en musique, déclenche immédiatement la controverse. Musicologues et musicographes décortiquent les partitions depuis plus d'un siècle; mais le texte n'est pas tout. Dans les années 1970 apparaissent les premiers apôtres des instruments anciens et de l'interprétation «historiquement informée», Harnoncourt, Leonhardt, puis Gardiner ou Herreweghe; mais l'authenticité des timbres reste une question subjective comment la vérifier? Et puis l'émotion n'est pas que sons ou sonorités. C'est bien cette interrogation de fond sur l'essence de la musique qu'invoque l'interprétation historiquement informée. Patricia Kopatchinskaja n'est pas la seule parmi la jeune garde concertante à apporter de nouvelles réponses: Fabio Biondi, maître du violon baroque et fondateur de l'ensemble Europa Galante, se produit de plus en plus souvent avec des formations traditionnelles, estimant que l'authenticité se situe d'avantage dans la qualité du langage que dans la nature des instruments. Il prendra notamment les rênes de l'Orchestre de Chambre de Lausanne, à l'automne prochain, pour un périple à travers le XVIIIe siècle italien.
Mardi à Genève, PatKop ne se limitera pas à Beethoven; des oeuvres de Fazil Say et Bartók sont aussi au programme, comme pour rappeler qu'à l'époque baroque ou classique, on jouait tout sauf du répertoire ancien, «historique». «Les gens étaient curieux, désireux de nouveaux horizons musicaux. Le manque d'intérêt actuel pour la musique contemporaine est le signe inquiétant d'une culture et d'une civilisation sur le déclin.»
Pour Patricia Kopatchinskaja
Gerd Kühr (né en 1952) : Movimenti pour violon et orchestre ; Gerald Resch (né en 1975) : Schlieren pour violon et orchestre ; Otto M.Zykan (1935-2006) : Da drunten im Tale pour violon et orchestre. Patricia Kopatchinskaja, violon ; Radio Symphonieorchester Wien, direction : Stefan Asbury, Johannes Kalitzkze, Bertrand de Billy. 1 CD Col Legno WWE 1 CD 20279. Code barre : 9 120031 340348. Enregistré entre 2005 et 2007 en concert à Vienne. Notice bilingue allemand et anglais. Durée : 70'58''
Pierre-Jean Tribot sur www.resmusica.com du 9.8.2009: Le toujours actif label Col Legno nous gratifie dun disque de concertos pour violon et orchestre de compositeurs autrichiens ; ces partitions sont enregistrées en concert dans le cadre du festival Wien Modern. Le porte drapeau de ce disque réside dans la présence de la jeune Patricia Kopatchinskaja, véritablement déchaînée et engagée au maximum dans la défense de ces belles musiques.
Près de trois générations de compositeurs au programme : le grand-père : Otto M.Zykan ; le père : Gerd Kühr et le fils : Gerald Resch. Honneur à laîné pour commencer ! Personnalité hors normes, Otto M.Zykan se fit connaître pour ses proximités avec lunivers ironique, surréaliste et dadaïste en collaborant avec le compositeur et chansonnier HK Gruber ou en initiant différents projets décalés pour la télévision, mais lhomme savait aussi rester sérieux et il enregistra lune des premières intégrales de luvre pianistique de Schoenberg. Extrèmement critique vis à vis de ses propres uvres quil estimait être le seul à pouvoir interpréter, il refusa quasiment toute publication de ses partitions avant 1994. Son Da drunten im Tale, de près dune demi-heure témoigne dune intelligente science de lorchestre et dune sainte inventivité. Sa pièce semble pétiller comme de fines bulles de champagne ; tel un esprit joyeux et festif, ponctué de petites allusions aux grandes figures de Stravinsky, Berg&ldots;.
Gerd Kühr, personnalité bien ancrée dans la vie musicale de son pays, semble avoir hérité du côté léger et primesautier avec un Movimenti très rapsodique ou le violon se fond avec parcimonie dans la masse orchestrale. Lensemble est ciselé avec élégance et économie de moyens, ce qui tire vers le grand raffinement. Le violon semble ainsi évoluer au fil de ses fantaisies et de ses pérégrinations ; loreille est parfois sur le souffle, avec des réminiscences bruitistes mais éclaircies par le bon climat des montagnes dAutriche.
De ce triumvirat, cest le jeune Gerd Resch qui semble le plus rattaché à une certaine école germanique. Son Schlieren savère virtuose mais plus sombre et angoissé et manque relativement de liberté et de simplicité. Du côté orchestral, lorchestre de la radio de Vienne (que lon sait en danger), témoigne de son engagement et de sa flexibilité à travers ces différentes partitions dignes dintérêt. On découvre ainsi des valeureux et talentueux compositeurs absolument inconnus sous nos latitudes.
Air du Temps - Sur la corde
Jonas Pulver, Le Temps (Lausanne) 29.7.2009: Elle joue Beethoven pieds nus, avec un archet bondissant. Au Festival de Gstaad comme ailleurs, la nouvelle enfant terrible du violon sait faire parler delle.
Elle faufile son sourire. Incognito, parmi les futurs applaudissements qui se pressent sur le perron de léglise. Dix minutes avant de prendre la scène, Patricia Kopatchinskaja na pas encore passé sa robe de concert, quelle porte sans escarpins. Sisoler? Au contraire. Essaimer une malice discrète, déguster latmosphère. Tournicoter un pouce, vérifier quil fonctionne. «Je joue tellement de concerts ces temps-ci&ldots;» Comment dit-on bonne chance en français? Laccent moldave parfume à peine son anglais rapide et nerveux.
Transformée. Face au public du Menuhin Festival, à Rougemont, Patricia Kopatchinskaja saisit son violon, «cette étrange pièce de bois devenue la voix de mon âme», cet instrument de métamorphose qui fait dune jeune maman «tout à fait ordinaire» la nouvelle enivreuse de la scène classique.
«Sauvage», «excessif», «antimusical», une partie du sérail spécialisé stigmatise cet archet effronté, tandis que dautres saluent une violoniste «stratosphérique», au jeu «plus brûlant que le hard rock». La provocation, facteur de communion ou argument de communication?
«On ne peut pas atteindre les oreilles dun public moderne avec les reproductions mécaniques et polies que lindustrie du disque veut nous vendre.» Dont acte. Patricia Kopatchinskaja sest longtemps refusée toute incursion au studio; ce sont pourtant ses récents enregistrements (chez Naïve) qui lont fait connaître. Le dernier en date convoque un autre électron libre, en la personne de Fazil Say pianiste turc à lesprit retors et aux mains survoltées. Leur Sonate op. 47 Kreutzer «fait galoper Beethoven à la cravache». Laccentuation cinglante peut prêter à sourire, les timbres grattent, sifflent. Mais le swing! «Créer une sensation est essentiel. Il faut bousculer, déranger lauditeur pour quil puisse appréhender luvre comme une première fois.» Doù une vision un peu particulière de ce que lon appelle «linterprétation historiquement informée». «Cette démarche nest pas satisfaisante en soi. Les contemporains de Beethoven ont vu dans la Sonate Kreutzer «une forme de terrorisme artistique et esthétique». «Cest cet aspect-là, avant tous les autres, quil faut pouvoir rendre si lon veut réellement faire revivre cette musique.»
Ce qui nempêche pas la tourbillonnante violoniste, décidément peu soucieuse des paradoxes, de jouer avec le chef Philippe Herreweghe, apôtre convaincu des répertoires anciens. Ils viennent de soffrir ensemble lintégrale des uvres concertantes de Beethoven, aux côtés de lOrchestre des Champs-Elysées (sortie prévue en octobre, toujours chez Naïve). Une forme de consécration pour Patricia Kopatchinskaja, née il y a un peu plus de trente ans à Chisinau, Moldavie, «le pays le plus pauvre dEurope» elle y retourne fréquemment avec Terre des hommes pour encourager léclosion de jeunes talents.
Maman au violon, papa au cymbalum, et une enfance baignée de folklore et de conservatoire, avant que la famille némigre à Vienne. PatKop (comme certains la surnomment) y étudie le violon, mais aussi la composition, un cursus quelle achèvera à Berne en 2000. «La composition et la musique contemporaine influencent mon approche de répertoires plus anciens. Idéalement, une interprétation devrait révéler comment la musique sest créée dans limaginaire du compositeur.» La gastronomie du marché, en quelque sorte. «Jai appris la composition comme la cuisine: pour encore mieux apprécier les mets lorsquon va manger à la table dun grand chef.»
Et Patricia Kopatchinskaja a les oreilles gourmandes: depuis le début de sa carrière, elle a donné en création pas moins de 50 opus originaux. «Les compositeurs sont les musiciens avec lesquels je me sens le plus à laise. Le manque dintérêt actuel pour les nouveaux répertoires est le signal inquiétant dune culture et dune civilisation sur le déclin.»
Ce soir au Menuhin Festival, elle sassocie au pianiste David Greilsammer pour jouer Ligeti, Antheil ou Cage. Un programme osé, comme un miroir inversé de la soirée de mardi, qui affichait les grands classiques. Mozart, Schumann, et surtout Beethoven (avec la pianiste Mihaela Ursulaesa), brigand comme jamais. La Sonate op. 30 N°3 secoue une désinvolture en forme de crinière folle, hoquette des pizzicati canailles, décoche des aigus dénudés depuis les planches, que PatKop foule pieds nus. «Pourquoi je joue sans chaussure? La question est plutôt: pourquoi le milieu classique est-il conservateur au point de sarrêter sur détail aussi insignifiant?»
Patricia Kopatchinskaja et David Greilsammer, ce soir à 20h à lEglise de Rougemont. www.menuhinfestivalgstaad.com
Les dates clés de la violoniste
La carrière de Patricia Kopatchinskaja en six étapes
Détonnant, le classique de PatKop
Benjamin Ilschner, La Liberté (Fribourg) du 27.7.2009: Lundi soir à Rougemont, Patricia Kopatchinskaja s'empare de son violon racé pour offrir un récital détonnant. Sous le titre provocateur «parfaitement normal», elle-même et sa complice, la brillante pianiste roumaine Mihaela Ursuleasa, ont réuni des sonates de Mozart, Beethoven, Debussy et Schumann, agrémentées de deux intermèdes pour piano seul. Un choix d'uvres qui ne sort pas de l'ordinaire, certes, mais la paire d'artistes rassure vite son auditoire: il n'y aura rien de «normal» à déceler dans leur jeu.
Entente aveugle: Les deux mouvements de Mozart sont chargés de spontanéité, l'opus 30/3 de Beethoven ciselé avec un souci permanent du contraste. Les pages de Debussy sont délicatement développées, bénéficiant elles aussi d'une entente aveugle des deux musiciennes. La «Deuxième sonate» de Schumann surprend par l'originalité des sonorités rendues par la violoniste: éminemment personnelle, sa façon d'attaquer les thèmes porte une empreinte plus fantaisiste que romantique. Comme si, à l'image des quêtes de Menuhin, l'ouverture vers des idées nouvelles devait primer sur un discours parfaitement fidèle à une esthétique convenue.
CD classique: Les 1001 nuits de Fazil Say
Diapason (Paris) Avril 2009: ..Patricia Kopatchinskaja très complice, nen fait pas trop pour animer ce qui aurait pu virer au grand bazar oriental-occidental mais conserve la singularité dune proposition aussi sincère que sage...
La Dynamitskaja de retour au SOV
Richard Letawe sur www.concertonet.com du 23 mars 2009: Malgré un horaire bien peu propice, le dimanche à 20h, ce concert du SOV se tient devant une audience honorable, remplissant presque le parterre du Palais des Beaux Arts...
Deux ans après un concerto de Sibelius passionné mais contestable, Patricia Kopatchinskaja est de retour au SOV, cette fois avec une rareté, le concerto pour violon n°2 de Szymanowski. Egale à elle-même, la violoniste empoigne ce concerto avec une vigueur farouche, investit chaque note avec une force et une intensité rares. Son jeu est juste, brillant et coloré, flamboyant dans la cadence centrale, joyeux et joliment articulé au début de la partie allegramente. Un peu nerveuse parfois, elle pourrait mieux exploiter quelques passages de la première partie, où son chant manque un peu de chaleur et dabandon, mais la verve rythmique et populaire de ce superbe concerto est rendue avec toute lâpreté et la saveur requises. Lentente avec lorchestre est tout à fait satisfaisante, quoique les cuivres pourraient avoir un peu plus de présence, en particulier dans la partie finale. Très beau bis pour clôre cette partie : Balada si joc de Lygeti, pour deux violons, dans lequel Jo Vercruysse se montre à la hauteur de sa partenaire.
CD classique: Les 1001 nuits de Fazil Say
Tribune de Genève, 6.3.2009: Pianiste virtuose, Fazil Say est également un compositeur très demandé. Son concerto pour violon 1001 Nights in the Harem (CD Naïve) a été commandé par lOrchestre symphonique de Lucerne pour la violoniste Patricia Kopatchinskaja, qui forme un duo régulier avec le pianiste turc. Luvre séduit par ses couleurs exotiques et flamboyantes. En complément, lenvoûtant ballet avec voix Patara et deux arrangements pour piano solo de Summertime et du&ldots; Rondo alla Turca de Mozart! Savoureux.
Vers une nouvelle figuration : à découvrir - CD Col Legno WWE 20279. Enregistré à Vienne, Musikverein le 9 novembre 2006 (Kühr), Konzerthaus le 25 novembre 2005 (Resch), Musikverein le 12 octobre 2007 (Zykan). Patricia Kopatchinskaja, violon; Radio-Symphonieorchester Wien; Stefan Asbury (Kühr), Johannes Kalitzke (Resch), Bertrand de Billy (Zykan), direction
Fred Audin sur www.classiqueinfo-disque.com, 23.2.2009: Une des caractéristiques de la musique contemporaine la plus engagée est de trouver des appellations de substitution pour des formes génériques : aucun des trois concertos pour violon présentés par ce disque (création des uvres respectivement 2006, 2005 et 2004) ne porte simplement ce titre, même sils se réfèrent à cette forme de façon plus ou moins directe.
Movimenti de Gerd Kühr (né en 1952) est judicieusement placé en première position, puisquon y entend après les applaudissements du public, un orchestre qui saccorde au milieu duquel le soliste entre sur une longue tenue piano. Jusquau milieu de luvre le violon est sollicité dans une utilisation plutôt classique, soutenu par un orchestre important (alors que lessentiel de luvre de Kühr est destinée à des formations de chambre ou de « petits » orchestres) auquel se mêlent des instruments dutilisation moins fréquente comme une machine à vent. Après la troisième section qui décalque un scherzo de facture classique, la musique se décompose en fragments plus résolument modernes, utilisant des techniques de jeu de cordes contemporaines (frottements, scie, percussions sur le bois), des effectifs plus réduits tendant au minimalisme (sirènes deux-tons, frissonnements sibéliens, glissandi descendants pianissimo). Après une longue chute de gamme qui traverse tout lorchestre sans tutti-, le violon achève par une cadence qui cite à lextrême limite lincipit du concerto de Berg, provoquant quelques rires entendus du public qui y reconnaît un trait dhumour.
Le travail de Gerald Resch (né en 1975) semble, si lon en croit ses titres Nuée, Sources, Relief, Passages, Temps déchiré, Fenêtres- inspiré par le rapport entre le visible et lindiscernable. Schlieren désigne en optique les zones non homogènes accidentelles dune lentille, créant des défauts de diffraction de la lumière qui ont permis de mettre en évidence par la photographie certains processus invisibles de la mécanique des fluides, comme les variations de compression de lair autour dune carcasse davion, au-dessus dune flamme de bougie, ou la dissolution du sucre dans leau (technique baptisée « strioscopie » et « shadowgraph » en anglais, dispositif permettant de visualiser la non-uniformité des matériaux transparents). On imagine assez bien que la transposition en musique de ce processus complexe sopère dans cette pièce dun quart dheure, utilisant les résonances de lintervalle énoncé dentrée par le soliste, pour en déduire toutes sortes dinflorescences plus ou moins aléatoires et mystérieuses, de cellules rythmiques et dharmonies de timbres dont la mise à plat décrit quelque chose de la structure du temps. La perception de ces variations nest malheureusement pas directement identifiable, ce qui fait que la structure reste difficile à embrasser. Le résultat sonore demeure pourtant assez séduisant, notamment par la fusion du violon dans la masse, lorchestre semblant reproduire et développer les artefacts déterminés par les figures que le soliste énonce. Le travail sur les rythmes inégaux relance lintérêt du morceau qui sévade sans cesse vers plus de légèreté.
Le rapport à la musique dOtto Matthäus Zykan est en lui-même fascinant ; considérant sa production comme une donnée personnelle dépendant de sa propre interprétation, il ne se préoccupait pas de publier, et la plupart de ses uvres davant 1994 sont perdues ou demeurées à létat desquisses indéchiffrables. Plus connu pour ses spectacles « dart-total », provocateur dadaïste particulièrement dans le domaine des spots publicitaires-et premier pianiste à avoir bouclé une intégrale de luvre de Schönberg, il est évident quil possédait, lorsquil faisait leffort de fournir à dautres des partitions achevées, un sens tout personnel de lorchestre, parcouru de motifs intensément rêveurs et poétiques, usant dune atonalité libre qui ne dédaigne pas le recours à lharmonie traditionnelle et à laccord parfait., ce qui rend la musique plus immédiatement accessible que celle de ses contemporains.Là en-bas dans la vallée (Da drunten im Tale) commence sur les cimes avant dévoquer le paysage plus prosaïque des activités humaines dans la concentration urbaine, empruntant à la fois à des danses de salon et des fêtes plus terriennes. Un adagio central paraît regarder à nouveau vers laspiration religieuse de lélévation, jouant avec les textures des harpes, du glockenspiel, imitant un choral luthérien ponctué de brefs récitatifs dramatiques. Lesprit de la danse habite de nouveau la cadence en trio avec vibraphone et timbale, qui se transforme en une sorte de rondo brillant. Il culmine dans un déchaînement percussif, avant que le violon seul nentame une conclusion à laquelle viennent se mêler des voix en duo énonçant les premiers vers de la mélodie populaire (reprise par Brahms dans les Deutsche Volklieder) « Da untem im Tale läufts wasser so trüb, und i(ch) kann dirs net sagen, i(ch) habdi(ch) so lieb ». La notice, qui comporte un texte pour le moins ésotérique de Peter Waterhouse sur le souvenir dun conte, nen dit rien pour les malheureux qui ne sont pas de culture anglo-saxonne. Cest bien dommage car cette dernière pièce est profondément émouvante et parle directement à la sensibilité : peut-être la direction inspirée de Bertrand de Billy est-elle pour quelque chose dans cette réussite. Des trois uvres réunies sur ce disque, celle-ci mérite assurément une place au répertoire et des écoutes répétées.
Lunité de ce disque est à rechercher dans la prestation impressionnante de la violoniste dorigine moldave Patricia Kopatchinskaja, compositeur elle-même, à qui les trois uvres sont dailleurs dédiées.
Classique: Le retour de Fazil
Robert Sabatier dans La Gazette (Montpellier), 18.2.2009: Absent depuis quelques temps de la scène montpelleraine, le pianiste Fazil Say revient sur le Clapas en vainqueur. Certes, nous avons déjà eu par le passé des compositions de Fazil (Silk Road en particulier), dont le style jazzy est toujours apprécié des spectateurs. Sa nouvelle composition (créée en février 2008 à Lucerne) est un concerto pour violon et orchestre. Force est de constater que l'écriture de Fazil a évolué et, pour cette oeuvre, semble assez bien aboutie. Difficile pour le violon, ce dont ne semble guère se soucier l'extraordinaire Patricia Kopatchinskaja, déja vue ici en duo avec Fazil, avec de belles sonorités, dans un style simple mais efficace. . .
. . . En troisième partie le duo, Say/Kopatchinskaja, a fait délirer la salle dans du Beethoven (tour à tour original et arrangé), montrant, si besoin était, l'immense maturité artistique des deux solistes.
On a vu Concert: "Patkop" et ses complices
Michèle Fizaine, Le Midi Libre 9.2.2009: Le concert de vendredi a mis le public dans un état second! Il s'agissait de la création en France du concerto 1001 nuits dans le harem, que Fazil Say a écrit pour son âme soeur, la violoniste Patricia Kopatchinskaja. Ce cousu main met en valeur sa virtuosité, ses recherches sonores, mais aussi son tempérament. Elle est une Schéhérazade volubile et malicieuse.
Très féminine d'abord dans l'évocation de ce harem, elle est lascive dans la danse, émouvante dans la mélodie qui reprend un thème populaire cher à Fazil Say, et se fait oiseau dans le final - une âme envolée à l'aube. Ses échanges avec le percussioniste Aykut Köselerli, au double kudum ou au bendir, sont fascinants. La partition riche et inventive lui ménage des rencontres avec la trompette aussi bien qu'avec la flûte. Roberto Forés-Veses qui a dirigé le Voyage a Reims, tient cela en main. Rien ne dépasse et les atmosphères mi-slaves, mi-orientales sont poétiqument développées. L'acceuil est enthousiaste.
Le compositeur revient en pianiste pour un after en compagnie de Patkop. La sonate à Kreutzer est décapée, telle que le duo l'a enregistrée. Plus encore peut-être, car la musicalité y perd un peu. Mais on est conquis par ce rituel, où chacun envoûte l'autre, toujours plus ludique. La violoniste aux pieds nus trace un infini du bout de son archet puis lui donne le tranchant du sabre.
Fée et sorcière, elle caricature ensuite ses états émotionnels, agite ses orteils pendant que le pianiste, heureux entame une Lettre à Elise... vite transformée en impro jazzy quand violon et percus entrent en jeu. Un génial délire.
Fazil
Say et Patricia Kopatchinskaja: Concert du Dimanche matin au
Théâtre du Châtelet, le 25 janvier à 11 heures
pl. du
Châtelet (Ier). Places: 12 à 23 , Location sur
place, le matin même.
Thierry Hilleriteau, Figaroscope (www.lefigaro.fr/scope) 21.1.2009: Deux tempéraments volcaniques à la virtuosité éblouissante. Le pianiste d'origine turque et la violoniste moldave forment, depuis un an, l'un des couples de chambristes français les plus en vue du moment sur la scène française. Ils sont, cette semaine, les invités des Concerts du dimanche matin.
Faut-il y aller ? Oui, car s'il est un duo à suivre en ce moment c'est bien celui-là. Pour témoin leur premier disque paru chez Naïve, déroutant d'invention sonore chez Beethoven. En attendant le concerto pour violon « 1001 Nights in the Harem » (à paraître en février), où l'on retrouvera aux côtés de Kopatchinskaja, Fazil Say&ldots; Côté compositeur cette fois.
Un duo à rebrousse-poil
Matthieu Chenal dans 24 heures (Lausanne) du 4.1.2009: A une époque où le disque aspire au perfectionnisme et au polissage des sons, lalbum de Patricia Kopatchinskaja et Fazil Say fait leffet dune bombe. Dans la 9e Sonate de Beethoven, mais aussi dans celle de Ravel, la violoniste pousse linstrument à ses limites, avec un jeu qui na pas peur des dérapages, des sons aigres, chuintants ou rugueux comme une langue des pays de lEst. Fazil Say nest pas en reste et samuse, dans le Blues de la sonate de Ravel, à mettre des cendriers dans son piano: effet piano-bar enfumé garanti! Patricia Kopatchinskaja y voit aussi une manière dentrer plus profondément dans luvre, et surtout de la débarrasser du vernis dhabitude qui la recouvre. Cest certainement dans les Danses populaires roumaines , de Bartók, et dans la sonate de Fazil Say que le style du duo est le plus inventif et le plus naturel. De toute façon, leur propos nest pas de livrer une version de référence, mais plutôt de poser quelques questions (im) pertinentes sur lart de linterprétation.
Note:Patricia Kopatchinskaja, Fazil Say, Beethoven, Ravel, Bartók, Say, Naïve (dist. Musikvertrieb). Patricia Kopatchinskaja apparaît aussi sur des disques de musique contemporaine: Kühr, Resch, Zykan, Violin Concertos, Col Legno (dist. Musicora) et Grammont Sélection 1, 2 CD MGB (dist. www. musiques-suisses. ch).
Voir aussi interview par Mathieu Chenal dans 24-heures du 5.1.2009
Extrême - Beethoven, Ravel, Bartók, Say Sonates pour violon et piano Patricia Kopatchinskaja, Fazil Say (CD Naïve 60 min 07 sec.,V 5146).
(MDM) dans La Libre Belgique 31.12.2008: Elle est Moldave, il est Turc, tous deux sont compositeurs et tous deux conviennent que de "provenir de pays où il ny a pas de grande tradition classique" leur permet daborder le répertoire de lintérieur, librement. Plus quun souffle, cest un ouragan de liberté qui traverse le présent CD, et, somme toute, peu de dégâts collatéraux. La technique miraculeuse des deux artistes et la richesse de leur imagination leur permettent toutes les audaces. Cela donne, du côté "classique", une sonate op. 47 de Beethoven ("Kreutzer") comme inventée, parfois méconnaissable mais dune évidence irréfutable, fût-elle de linstant, tandis que dans la Sonate de Ravel et les Danses roumaines de Bartók, la capacité dimprovisation du duo sarrime aux sonorités inouïes de Kopatchinskaja pour aboutir à des moments de pure jubilation. Avec, en conclusion plus légère, la sonate op. 7 (1996) de Say, mêlant jazz, tango et tzigane sur le mode sentimental.
Metz: Beethoven se dévergonde - Patricia Kopatchinskaja, la violoniste star du moment, forme un tandem inattendu avec Philippe Herreweghe. Dans un programme Beethoven cela fonctionne à merveille.
Sandrine Khoudja, Le Monde de la Musique, Décembre 2008: Pieds nus, le nez plongé dans la partition, réservée, sans s'offrir totalement au public, elle peut tout d'un coup créer la surprise: plus qu'une simple concertiste, Patricia Kopatchinskaja est un phénomène de scène.
Si la violoniste a son "style" contestable à maints égards, dans ce programme cent pour cent Beethoven, elle forme avec Philippe Herreweghe et son Orchestre des Champs Elysées un tandem inattendu mais qui fonctionne à merveille. Dans les deux Romances, son jeu très baroqueux et son archet parfois lâché en plein vol aboutissent à une interpreétation tout en surface, manquant de vigueur, de profondeur, et les passages les plus expressifs ne sont pas toujours d'une justesse irréprochable. Dans le Concerto pour violon, joué dans des temps inegaux au gré des humeurs, alle ajoute une touche d'humour bienvenue dans le "Rondo". Si quelques écarts de style en plein milieu des mouvements ne laissent pas indifférents, dans les cadences elle se "lâche" vraiment et son Beethoven se dévergonde: Soutenue par les timbales, la cadence du dernier mouvement tourne vite au pot-pourri des styles, du baroque à la marche militaire...
Commentaire: Notons que la cadence avec les timbales est situé dans le premier mouvement (pas dans le dernier) et que ce pot-pourri y inclus l'étrange marche militaire a été écrit par Beehoven lui-même pour l'adaptation au piano de ce même concerto.
Duo de Choc
Jacques Freschel dans La Marseillaise 7.12.2008: Le pianiste Fazil Say et la jeune violoniste Patricia Kopatchinskaja partagengt la même flamme musicale. Ils n'hésitent pas à aller au bout de leur conception dans l'interprétation des oeuvres: celle-ci semble fondée sur l'èlan naturel, une forme de liberté les poussant à dessiner des dynamiques nerveuses, des suspensions démesurées... Il va sans dire que ces deux-là possèdent une technique, une maestria qui leur permettent de tels excès de fougue. On peut à la limite y adhérer dans les Danses roumaines de Bartok, mais on chicane pour la "Kreutzer" de Beethoven trop brutale, ou la Sonate de Ravel, malgré ses couleurs singulières... Des effets de manche qui conviennent peut-être d'avantage à la chaleur du concert qu'à la rigeur des micros.
Fazil Say - Patricia Kopatchinskaja, Oeuvres de Beethoven, Ravel, Bartok, Say, CD Naive V5146
F.G. dans Pianiste Novembre/Décembre 2008: Fazil Say a raison d'écrire que sa partenaire est "vraiment exceptionelle lorsqu'elle joue de la musique contemporaine". Kopatchinskaja est peu à l'aise dans la "Kreutzer", qu'elle décape en s'abîmant davantage que Mullova dans une série de maniérismes, inutiles sans doute à ces belles natures (question de goût, leur sincérité n'étant pas en cause). Le blues de Ravel sied magnifiquement à ce duo d'artistes inspirés, qui entraîne les danses roumaines de l'autre côté des Dardanelles avec une ferveur, une alliance de couleurs, une justesse de vision qui fera bien pardonner quelques accents déplacés. OEuvre d'un musicien total, tour à tour lyrique ou enfiévrée, la Sonate de Say est densément construite. Les effets de piano préparé n'y sont jamais gratuits et le métier s'y efface toujours derrière la voix. Quelle personnalité! L'occasion ne se présente pas toujours de saluer aussi remarquable réussite. Beethoven paraît d'autant plus révolutionnaire a posteriori , dans la perspective où il se trouve.
Patricia Kopatchinskaja - L'émotion de l'imparfait
Séverine Garnier dans TGV-magazine, Novembre 2008: Une virtuose classique qui prône l'imperfection: Voilà qui a de quoi surprendre. Patricia Kopatchinskaja (ou PatKop, un surnom pour ceux qui trouvent son nom imprononcable) est une violoniste étonnante. Elle se plaît à bousculer la voix populi de la musique classique: Dans ses mains son violon grince, crisse, dégoulite et pourtant c'est envoûtant. Petite poupée Moldave d'une trentaine d'années, elle a fait son éducation musicale à Vienne. Possédant une technique assurée, la violoniste impose le devoir à l'erreur: "Depuis quelques années le classique est poussé vers une perfection irréelle. Le public s'attend à entendre en concert ce qu'il a exactement dans le CD. Ce n'est pas possible! Il faut savoir apprécier l'émotion de l'imparfait" explique-t-elle. Le classique "version musèe" l'étouffe. Et ce sentiment se concrétise par un détail amusant: Patricia joue pieds nus, "Mes orteils transmettent les vibrations du piano à mes doigts sur le violon" analyse-t-elle. Une anti-Anne-Sophie-Mutter pourrait-on dire.
Cette manière de vivre son art, elle la partage avec le pianiste turque Fazil Say, son "âme soeur musical". Pendant les séances de travail ils ne s'échangenet pas des indications d'interprétation, ils décrivent les images que leur évoque la partition. Dans la sonate en sol majeur de Maurice Ravel, ils imaginent un bar de jazz enfumé. Dans leur version un brin rock de la Sonate pour violon no.9 op.47 de Beethoven, dite Kreutzer, Patricia voit une cathédrale où se confrontent la spiritualité et l'ordinaire: "Il faut une grande imagination pour faire naître l'imaginaire de la personne qui vous écoute". Ils signent ensemble chez Naive un disque, le premier pour PatKop. Avec un programme varié: Beethoven, Ravel, Bartok, et la Sonate pour violon écrite par Fazil Say, en 1996, dans laquelle il est excellent.
Prochain concert de Patricia Kopatchinskaja et Fazil Say le 25.1.2009 à Paris auch Théâtre du Châtelet.
Prix Excellentia - L. van Beethoven: Sonate no 9, Kreutzer; M. Ravel: Sonate en sol majeur; B. Bartok: Danses populaires roumaines; F. Say: Sonate pour violon et piano op. 7; Patricia Kopatchinskaja, violon, Fazil Say, piano; 1 CD Naïve V 5146; 10/07 (67')
Rémy Franck, Pizzicato (Luxembourg), Novembre 2008: Patricia Kopatchinskaja ne porte pas de faux-cils ni de chouette maquillage, Fazil Say n'a pas l'élégance d'un dandy ni des gants de velours. Mais quelque part, les deux ont une prise pour se brancher sur le réseau de très haute tension. Avec ces centaines de milliers de volts, ils relisent la 9e sonate de Beethoven, la Kreutzer, et malgré leur fougue et les éclairs de leur jeu, tous les disjoncteurs tiennent: C'est que l'auditeur ressent et s'enivre de cette joie de jouer, de ce plaisir fou de faire de la musique, car ici, sans doute, deux tempéraments idéologiquement sur la même longueur d'onde se sont trouvés pour le bonheur de ceux qui les écoutent pas tous évidemment, car on imagine facilement qu'une partie du public sera choquée pour de bon et refusera cette extravagance.
Mais ne croyez pas que la tension survoltée s'accompagne partout d'un volume sonore outré. Non, dans les pages lentes ou suaves, notamment celles de Ravel, les deux musiciens atteignent également un degré d'expression phénoménal, avec, ici et là, des gestes et des accents d'une liberté qui éveillent un sentiment d'improvisation. Dans ce Ravel, le crépitement peut être très proche de la douceur, l'explosion côtoie les parfums du jardin fleuri, la course affolante se dégage sur des vues éblouissantes: des décolletés ouverts, fatalement illuminés par des ampoules qui ne manquent pas, à certains moments, de cracher leurs filaments. Ce sont les contrastes de ce Ravel qui rendent cette interprétation unique, car une chose est sûre et certaine: On n'a pas entendu une interprétation aussi libre et aussi intense! Ici encore, le duo déconcertera beaucoup d'auditeurs. On en dira autant des Danses Roumaines de Bartok, caractérisées par une expressivité de jeunes loups qui osent une sortie débridée.
Le temps d'un fantasme musical s'annonce dès les premières notes de la Sonate de Fazil Say, et à la fin du 5e mouvement, en sueur sous l'effet de mélancolie dégoulinante, la raison ne me retient plus. Oui, je ne reviens plus en arrière maintenant. Je ne vais plus me poser les questions que, finalement je devrais avoir. Il est trop tard, la passion qui m'a hanté dès le début de ce CD tue dans leur noyau toute réserve que j'aurai pu formuler (et que d'autres formuleront à ma place, j'en suis certain): J'aime ce disque à la folie, car, en fin de compte, ces folles caramboles n'ont jamais l'air recherché ou gratuit. Elles émanent de deux âmes hautement musicales que la musique met en état de choc et de transe. J'aime et je survolte, par amour de provocation: Excellentia, malgré ceux qui me maudiront pour ne pas avoir maudit de disque. RéF
Deux artistes très engagés - Grâce à deux jeunes interprètes formidables, des chefs-duvre rebattus nen finissent plus de nous étonner. CD Naïve V5146. 2007 - Très bonne prise de son efficace, avec beaucoup de relief.
Antoine Mignon sur qobuz.com du 30.10.2008: Fazil Say semble avoir trouvé en Patricia Kopatchinskaja son alter ego. Les deux artistes regardent dans la même direction, celle de la recherche sonore surtout, de la nouveauté interprétative, de lamusement aussi. Ce disque est une sorte de gageure pour un critique. Peut-on conseiller cette version totalement extravertie de la Sonate « Kreutzer » de Beethoven, dans laquelle les deux musiciens font fi de sa date de composition pour en tirer toute la modernité, proposent une véritable recherche sur le timbre des instruments, notamment au violon : jeu sans vibrato, spiccato modernes, etc., prennent la partition à bras-le-corps, reliant lexpérimentation compositionnelle à un niveau interprétatif ? Peut-on conseiller ce Beethoven tendu, sans limite, qui crie, qui swingue, abordé avec des moyens que lon attend davantage dans la musique du XXe siècle ? Cette vision totalement assumée, évitant la provocation de mauvais goût, dénote dune grande maîtrise instrumentale et musicale. Mais surtout, quen aurait pensé Beethoven ? Aurait-il, ne serait-ce quintérieurement, renié cette impertinence musicale ? Au vu de larchitecture de sa sonate, il serait finalement mal placé ! Car Fazil Say et Patricia Kopatchinskaja ont le mérite de restituer en 2008 une part de la modernité quont dû ressentir les auditeurs de 1803. Et cest déjà beaucoup.
La Sonate de Ravel semble, quant à elle, avoir été écrite pour eux : recherche timbrique, swing, virtuosité, jeux entre les instruments ; il nen fallait pas plus pour que le duo nous gratifie dune véritable recréation. Le piano préparé à laide... de cendriers sur les cordes ! dans le blues nest certes pas requis par le compositeur, mais quelle bonne idée ! On entend alors, chose rare, tous les pizzicati. Les âpres Danses populaires roumaines de Bartók bénéficient bien évidemment du même engagement, total, sans pour autant en oublier le lyrisme. Quant à la Sonate de Fazil Say, elle apparaît comme luvre la moins moderne du disque. Toutes les amours de Say se retrouvent dans cette Sonate de 1996, en une sorte de voyage entre rêve et réalité.
Ce disque pose ainsi une question fondamentale : quel est le rôle de linterprète ? Leur réponse est de proposer un monde sonore bien à eux, de transmettre la modernité des uvres avec impertinence, de concevoir leur métier comme celui de re-créateur. Ce parti pris risqué en fera fuir plus dun. Mais pourtant quel moment de musique !
Georges Masson, Le Républicain Lorrain, 16.10.2008: Le retour à l'Arsenal de l'Orchestre des Champs-Elysées et de son chef emblématique Philippe Herreweghe, qui a toujours conservé sa battue d'ex-baroqueux, était accompagné d'une soliste de l'espèce la plus rare, Patricia Kopatchinskaja, jouant le mythique concerto de Beethoven. Une sorte d'OVNI sonore déboulé d'une planète musicale inconnue, et à laquelle on a jusqu'ici, distribué tous les superlatifs ! On a connu le climat marmoréen d'un Oïstrakh impressionnant, la profondeur émotionnelle d'un Perlman, les phrasés spiritualisés d'un Menuhin allant aux cimes de l'expression, et les versions revisitées des jeunes loups qui ont ajouté à la perfectibilité technique, une conception plus finement distanciée. Et voila cette violoniste aux pieds nus et à la tête dans les étoiles ! Patricia est un cas. On l'a dit versatile, ce qui est impropre. Elle est surtout ondoyante car elle brode aussi sereinement son fil arachnéen dans les régions éthérées en frayant avec les nuances minimalistes et les chromatismes imperceptibles, qu'elle se jette ensuite comme un chien fou mais génial, dans les chevauchées paganiniennes, à coups d'archet rageurs, qu'elle se déplie dans de fougueux envols, très alla corda, mettant mieux en valeur son Giovanni-Francesco Pressenda de 1834, le luthier turinois le plus fameux de la Botte au XIXe.
Chemins célestes: La sonorité grêle de ses deux Romances du Maître de Bonn en ouverture pouvait surprendre, ses fines broderies pianissimes et ses cordes léchées aussi, son style proche du classicisme mozartien, voire des phrasés courts à la baroque étant inhabituel. Mais on respirait un air d'une fraîche candeur. Sa version du concerto était proprement inédite. Son premier mouvement, intime et venant des horizons lointains, fut d'une fragilité stupéfiante, la Moldave étant imprévisible dans l'inversion des nuances écrites sur la partition, mais le mordant des attaques assurait le contraste bienvenu. Le public, massif, applaudissait déjà. Le larghetto intimiste, irréel et désincarné, trouvera des chemins célestes. Quid des cadences à la Kreisler ? La soliste n'en a cure, qui apporte aux siennes, des excroissances inouïes, comme au rondo où l'enfant sauvage se déchaîne, en rajoute, avant de nous servir un bis de sa facture, avec le chef d'attaque des seconds violons, espèce de duo des chats rossinien nouvelle version. Fascinant !
Jamais de surexposition à l'orchestre formaté à cinquante, qui ait pu couvrir, ne serait-ce qu'un tantinet, «PatKop» pour les intimes. Aux antipodes de l'interprétation de la même 7e symphonie du grand sourd que le «National» de Lorraine nous servait somptueusement il y a trois semaines sous la baguette du chef autrichien Wolfgang Doerner, Herreweghe, adoptant une configuration à rebours en logeant les contrebasses à sa gauche, les seconds violons à sa droite et les violoncelles en ventre, a fait découvrir une ouvre plus ramassée, moins biseautée, moins fastueuse, mais dégageant des sonorités de «bois» légèrement bourdonnantes, une cuivrerie de cors et de trompettes naturels, des détails de parties intermédiaires que l'on n'entend pas nécessairement dans les restitutions modernes, et surtout, une symphonie qui n'est plus l'«apothéose de la danse» ainsi qualifiée, mais une ouvre sobre et concentrée sur le propos avec son andante élégiaque mais aussi avec la saveur des instruments d'époque. Deux versions, incomparables toutes deux, donc nécessaires. Le concert était enregistré en «live» pour la firme discographique «Naïve».
"Patkop" la révolutionnaire
Michèle Fizaine dans Midi-libre du 13.10.2008: "Ma vie a changé", affirme Patricia Kopatchinskaja, évocant sa rencontre avec le pianiste Fazil Say. L'enfant terrible du violon, elfe aux pieds nus ou tigresse bondissante, la "Patkop", d'origine moldave, signe son premier CD avec son partenaire de prédilection, Kopatchinskaja/Say (Naïve). On y retrouve cette Sonate à Kreutzer qui avait sonné comme une révolution au Festival de Radio France Montpellier, en 2007. Bousculant la tradition, les interprètes inventent leur Beethoven avec un enthousiasme fou, une beauté mélodique qui n'est jamais sacrifiée à la prouesse. La jeune Patricia qui jouait dernièrement à Alès, a une générosité sonore dans les aigus qui risque de rendre l'auditeur plus sévère pour les acidités diaphanes de certains interprètes... Elle est capable des plus subtils effets, avec sérieux, avec humour aussi. On ne peut pas aimer à moitié.
Les solistes sont inénarrables dans la Sonate en sol majeur de Ravel. «Nous imaginions un Africain fatigué avec un banjo dans un bar enfumé», raconte la violoniste. Une ivresse provocante explose dans les Danses roumaines, de Bartok, à la fois pure et brûlante. Car Fazil est imprégné de musique populaire et connaît les rythmes que l'écrit ne peut transmettre. Patricia a longtemps joué des mélodies avec son père, virtuose du cymbalum, et sa mère violoniste. Les danses sont dans son archet, dans son corps.
La Sonate n° 7, écrite par Fazil Say, est le plus beau moment. On y retrouve des thèmes chers. Piano et violon sont dans un dialogue émouvant, où la folie paganinienne rejoint le paganisme universel. Le clavier, plus préparé que tempéré, file à travers chants, d'une mélancolie à l'autre. Les cordes, sous l'archet qui se calme, restent incandescentes. Rendez-vous avec le vertige, le 6 février, au Corum de Montpellier, pour la création des Mille et une nuits dans le harem, concerto écrit par Fazil pour Patricia. Avec un After concert, pour aller jusqu'au bout de la transe.
Fée ou furie?
Delphine Ralph sur www.classiquenews.com du 1.10.2008: Passion éruptive, tempérament embrasé, ivresse des contrastes, apologie de l'accent, syncopes et fièvre de vibrato... le style de la violoniste moldave, Patricia Kopatchinskaya, que le milieu appelle désormais "Patkop" (comme pour désigner un "phénomène"), défraie la chronique, divise les mélomanes. Son archet ardent et flamboyant dérange et agace comme il captive et époustoufle. Elle joue pieds nus comme pour retrouver à chaque concert, le contact palpitant, concret de ses racines. Pour elle, la partition n'est pas un cadre mais une fenêtre ouverte sur un monde imaginaire aux possibles illimités.
Fille d'une mère violoniste et d'un père, virtuose reconnu du cymbalum, Patkop arrive en France avec un premier disque, qui profite de la complicité d'un autre complice en diable et facéties: Fazil Say, son "frère en musique" (Fazil Say, Patricia Kopatchinskaya: Beethoven, Ravel, Bartok..., 1 cd Naïve). La jeune femme a d'abord à Vienne joué avec son père, les mélodies populaires pour plaire et séduire les touristes. Puis, l'acquisition d'une technique a rehaussé encore la fine intensité d'un tempérament de feu dont la curiosité et le désir d'apprendre se mesurent à son jeu vif-argent, ciselé et enflammé.
A l'Académie de musique de Vienne, l'enfant prodige apprend une autre discipline tout en poursuivant ses autres passions: l'improvisation et la composition. Vivaldi, Teleman, Sibelius, Beethoven, Ravel, Bartok, mais aussi les compositeurs d'aujourd'hui tels Kurtag, Ivan Sokolov et la regrettée Galina Ustvolskaya, comme bien sûr Fazil Say qui lui a écrit un Concerto à la sensualité dansante et féline: son portait musical... Patkop aime défricher, explorer, surtout interpréter dans le feu incandescent de l'instant. C'est pourquoi chacun de ses concerts ne sont jamais des réalisations gagnées d'avance, où la routine s'installe. Sa fraîcheur et ses audaces sont les meilleurs moyens pour réinventer le concert.
Simultanément à la sortie de son disque en duo avec Fazil Say, la violoniste s'offre une tournée française, du 3 au 11 octobre 2008 dans le Concerto pour violon de Beethoven, avec un instrument choisi pour l'occasion, le Pressenda de 1834, cordes en boyau, authenticité oblige (à quelques années près), avec la complicité de l'Orchestre des Champs Elysées et son directeur musical, Philippe Herreweghe. L'interprète découvre de nouveaux phrasés, une absence de vibrato (elle qui en beaucoup usé et abusé dans sa jeunesse, à l'école de la musique populaire)...
Beethoven: Sonate "Kreutzer". Ravel: Sonate. Bartok: Romances populaires roumaines sz 56. Fazil Say: Sonate pour violon opus 7. Patricia Kopatchinskaja, violon. Fazil Say, piano. CD Naive V5146
Guillaume-Hugues Fernay sur www.classiquenews.com du 17.9.2008: Tempéraments survoltés mais gestes sûr et précis, jamais creux ni purement démonstratifs: le duo Say / Kopatchinskaja détonne, captive, relit avec panache et expressivité Beethoven, Ravel, Bartok. Un album magistral par son engagement puissant et libre, inventif et radical
A 38 ans, le pianiste turc Fazil Say, espiègle et facétieux, d'une vitalité mordante comme interprète (en particulier quand il aborde ses propres compositions), forme un duo infernal avec la jeune violoniste Patricia Kopatchinskaya, d'origine moldave. Leur collaboration déjà saluée lors de concerts donnés entre autres en juillet 2007 à Montpellier captive par son énergie incandescente: d'autant que la cadette n'a pas à jalouser le feu de son aîné tant ses coups d'archets crépitent, s'enflamment avec une sauvagerie parfois âpre. Mais la jeune musicienne sait aussi exprimer la nostalgie marquée par l'enfance de l'Allegretto de la Sonate de Ravel avec une aisance à couper le souffle, passant de la brutalité païenne à la douceur rêveuse. Autant de caractère, de maîtrise des contrastes et de la profondeur laissent souvent ébahi, avec une pointe déjantée et sarcastique, dansante voire convulsive (dans Blues) d'une étonnante versatilité, d'autant que sa technique en particulier vibrée, se distingue par son style et sa flamme. Ni épanchement ni oeillades systématiques mais une intensité pure qui s'accorde avec la liberté inventive (recréative) de Fazil Say. D'ailleurs les deux complices, électrisés par leur jeu respectif, semblent souvent proches de l'improvisation tant leurs gestes s'autorisent toutes les amplitudes de ton, d'accents, d'investissement. La liberté de l'engagement interprétatif est ici portée très haut, très loin. Cet aspect du jeu en déconcertera beaucoup.
Autant dire que chaque Sonate trouve deux interprètes, libres, musiciens en total affinité, doués dans l'expressivité comme la suggestion de l'intime. La tenue de cet Allegretto ravélien (plus de 8 mn) est emblématique de leur énergie fusionnée. Après une Kreutzer dont le morceau central témoigne des mêmes qualités, (souffle, précision et plaisir évident du jeu dialogué), les deux âmes ivres jouent les six danses roumaines de Bartok avec un surcroît d'expressionnisme sauvage et primaire qui renforce l'origine populaire de chaque mélodie reprise par le compositeur hongrois: certains s'étrangleront face à tant d'audaces accentuées, de personnalisation suractive. Pourtant le chant du violon se fait ici expression directe des états de l'âme avec cette raucité enflammée propre aux campagnes profondes.
En guise de conclusion, les deux complices jouent la Sonate en 5 mouvements de Fazil Say dont les climats suspendus, entre hypnotique berceuse (Melancholy introductive, puis reprise avec davantage de flottement suggestif et radical) et surtout danses hallucinées, là aussi syncopées, tendues, convulsives (staccatos des cordes que le pianiste pince sur le cadre de son instrument, tels les coups implacables du destin), poursuivent sans l'atténuer, ce jeu puissant, magistral, survolté, hypersensible. Duo magistral et irrésistible.
Critique CD: Beethoven, Sonate pour violon et piano n° 9, op.47 « à Kreutzer », Ravel, Sonate pour violon en sol majeur, Bartok, Danses roumaines (transcription)
Marie-Aude Roux, Le Monde (Paris), 16.9.2008: On aime ou on n'aime pas. Le nouveau duo de choc formé par le pianiste turc Fazil Say et la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja (Patkop pour les intimes) témoigne d'une rencontre coup de foudre. De ce fait, la vénérable Sonate à Kreutzer de Beethoven prend un coup de punk incroyable, le « Blues» de Ravel se faisant pilier de bar, tandis que Bartok, porté à l'incandescence, en devient « roumain, trop roumain ». Energie, passion, pureté, folie, la violoniste aux pieds nus et le pianiste aux mains pleines vont le même train de musique. Ces « Bonnie and Clyde » se sont bien trouvés.
L' enfant sauvage - Elle s'apelle Patricia Kopatchinskaja, elle est moldave et joue du violon (parfois) pieds nus. Elle forme avec le pianiste Fazil Say un duo échevelé d'une folle générosité.
Olivier Bellamy dans Le Monde de la Musique, mars 2008: Si un jour, le nom (certes compliquè à prononcer) de Patricia Kopatchinskaja vient à s'inscrire sur les programmes du théâtre de votre ville, précipitez-vous pour l'entendre. Des natures comme celles-là ne courent pas les rues. Elle joue du violon pieds nus, pas pour faire l'interessante mais parce qu'elle n'a sans doute jamais su faire autrement. Elle est comme un enfant sauvage de la musique: pure, folle, libre. Elle fait pleurer et rire son instrument. Et le public, comme au théâtre, rit et pleure avec elle.
Elle jouait aux concerts du Dimanche matin avec le pianiste Fazil Say. On peut dire qu'ils se sont trouvées, ces deux-là. On a rarement entendu Sonate "à Kreutzer" plus échevelée, plus inventive, plus frondeuse que celle-là. Certains n'y reconnaissaient pas leur Beethoven, mais tout le monde y trouvait son plaisir. Aucun effet exterieur, mais un swing, une générosité incroyables. Et plus de rigueur qu'on ne pourrait le croire, car leur projet musical était cohérent de la première à la dernière note. La Sonate de Ravel a eu d'ailleurs raison des ultimes réticences dans le public.
Kopatchinskaja, Gabetta, Sigfridsson en trio
Richard Letawe sur http://classiqueinfo.com, 28.2.2008: Trois jeunes artistes, Patricia Kopatchinskaja, Sol Gabetta et Henri Sigfridsson étaient les invités ce soir du Conservatoire Royal de Bruxelles, pour jouer en trio, en duo et en solo un programme qui changeait résolument de lordinaire.
La soirée débute par la Suite populaire espagnole, transcription réalisée pour violon et piano par Paul Kochanski des Sietes canciones populares españolas de Manuel de Falla. Fidèle à son tempérament éruptif (nous ne lavons pas surnommée Dynamitskaja pour rien), Patricia Kopatchinskaja joue cette suite avec une vigueur débordante, et un enthousiasme contagieux. Comme dhabitude, elle bondit, entame des pas de danse, mais cette extériorisation ne se fait pas aux dépens de la musicalité. Son jeu savoureux et corsé, généreux et rustique convient parfaitement à ces pièces robustes et enjouées, et la délicatesse est également au rendez vous dans les pages plus intimes...
La seconde partie voit la réunion de nos trois talents, pour le Trio n°2 de Dmitri Chostakovitch. Leur version de cette uvre de guerre est comme on peut sy attendre, vigoureuse et tendue, le deuxième mouvement fait dailleurs leffet dun coup de poing tant il est violent, et le finale, basé comme les uvres précédentes du programme sur un thème populaire, est mené sans complexe, aux frontières de la folie, du mauvais goût et du ricanement. Le trio sait cependant laisser de côté son style très physique, pour donner une passacaille très nuancée, au son très fin, à la limite de la fragilité, et au désespoir froid, sans aucun sentimentalisme. En bis, le trio nous offre une Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont de Marin Marais au style très libre, mais jouée avec énormément de conviction, et une élégance très noble.
Expressivité foudroyante
Hilda van Heel, d''Wort (Luxembourg) 3.11.2007: ...La violiniste Patrcia Kopatchinskaja a interprété le concerto No.2 pour violon et orchestre, en la mineur, de Serge Prokofjev avec une fouge virtuose. La composition très diversifiée est aussi exigeante au point de vue interprétatif qu' au point de vue technique: la virtuosité spectaculaire y côtoie des passages merveilleusement mélodieux plein de finesse et de rêve, de nostalgie éthérée: on se rapellera le beau dialogue entre violon et flûte de l'andante assai, aux notes hautes fines comme des caresses. La lecture de la violoniste, ardente et précise, étonnait par son élan continu, par son originalité interprétative. Son style, d'une expressivité foudroyante et agitée, flamboyante dans l'allegro ben marcato, accusait le mordant des rhythmes, l'impact des dissonances avec une fougue impulsive. Longuement applaudie, l'artiste ravit l'auditoire par un bis mouvementé aux sonorités frappantes...
Engagement sincère, passionné, séduisant
Jean-Paul Pichard, Sud-Ouest (France), 18.7.2007: D'abord l'explosive Patricia Kopachinskaïa, la soliste aux pieds nus, dans le concerto pour violon de Beethoven. Voilà une petite femme qui a du tempérament, un violon un peu sauvageon, indocile - parfois ça fait désordre. Les impeccables musiciens de l'excellent Orchestre des Champs-Elysées sont généreux et indulgents, ils recalent habilement. L'engagement dans la partition de la jeune violoniste moldave est plus spectaculaire que virtuose mais il est sincère, passionné, séduisant. Et la soliste n'est jamais à court d'idées : ainsi, cette longue cadence en duo avec des roulements de timbales. Il y aura eu aussi quelques beaux moments expressifs, lyriques et rêveurs.
On a envie de dire : «Peut sûrement mieux faire en se disciplinant». Le maestro Herreweghe, apparemment plutôt fier de sa jeune découverte, n'en pense peut-être pas moins, mais il a raison de prendre des risques : cette jeune femme rajeunit tout le monde, et le public approuve vigoureusement.
Commentaire: D'accord, mais le jour avant le concert j'ai du monter des cordes en boyeau et changer de 444 à 430 Hertz. En plus le violon se désaccordait constamment dans l'humidité de l'église pleine. En fait j'ai eu de la chance de finir sans accident majeur.
La Fazil Say du violon pour alter ego
J. Vilaceque, Le Midi Libre du 16.7.2007: Quand Fazil Say joue Beethoven, qui ne le sait ?, il y a toujours parmi les rangs obscurs de l'opéra Berlioz des puristes pour s'arracher les cheveux. Quoi, soupirent-ils dans l'ombre, se peut-il qu'on démantibule ainsi cette cadence ? Est-il concevable qu'on hache menu ce mouvement au pied duquel tant de pianistes ont déposé de révérentes brassées de notes ? Et ça, on ne peut pas leur donner tort : quand Fazil Say empoigne la célébrissime Tempête beethovenienne, le vent se lève dans les travées. Un vent à décoiffer les académiques perruques et les habitudes d'écoute. Pas dans le dernier mouvement, notez- bien : Fazil s'y contente, si l'on peut dire, de la puissante virtuosité réglementaire. Mais les deux autres... Que de soudains freinages rythmiques ! Que d'étonnants dialogues main droite-main gauche ! Que de dissections qui semblent mettre à nu la charpente même de l'oeuvre ! Dans l'ombre, on entend la plainte du cheveu qu'on arrache. Mais dans la lumière des saluts, on entend aussi le triomphe du public: que voulez-vous, Montpellier l'aime, Fazil Say, et il n'est d'ailleurs pas sûr que Beethoven ne s'enthousiasmerait pas à cette Tempête de force quatre. Mais le tanguant duo Fazil- Ludwig, on connaît.
L'attraction l'autre soir était ailleurs: dans l'attelage constitué par le pianiste turc et la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja. Fazil a trouvé une partenaire à sa mesure. C'est-à-dire virtuose à tous crins (d'archet), légèrement déjantée et embarquée sur ses pieds nus dans des frénésies qui feraient passer pour orthodoxes les apnées de Fazil dans les entrailles de son Steinway. Tous deux partirent ainsi pour une Sonate à Kreutzer qui tenait de la course-poursuite. Ah, il lui fallait du souffle, à Kreutzer, pour tenir la cadence. Patricia, elle, était là plutôt au petit trot: sa pleine mesure, elle nous la donna dans les dix minutes ébouriffantes du "Crin" pour violon solo de Jorge Sanchez-Chiong, dans un bis tournoyant avec cris de mouette incorporés et, naturellement, dans la sonate orientalisante de Fazil Say, avec trilles, plomberies dans le piano et vertiges paganiniens survitaminés. Fazil, devant tant d'ardeur, en resta presque coi. Ce qui n'est pas peu dire. Il se contenta d'un quasi-classique Summertime de rappel qui accentua encore quelques calvities mais combla un peu plus le public. Fazil, ou l'art de plaire. Toujours.
L'air d'autres planètes
Julian Sykes, Le Temps, Genève, 16.1.2007: En doux rebelle de la musique classique, Daniel Haefliger aime interroger les idées reçues. Depuis 1999, le violoncelliste genevois et ses amis des Swiss Chamber Concerts se démènent pour bouleverser le rituel du concert classique. Cette coopérative de musiciens, qui joue aux quatre coins de la Suisse (Bâle, Zurich, Genève, Lugano), panache époques et styles. L'idée, c'est de secouer le dogme des répertoires monocolores (concert baroque, concert romantique, concert contemporain...) en dressant des ponts d'une époque à une autre.
Dimanche après-midi au Conservatoire de Genève, le public a joué le jeu avec bonheur. Le jeune Beethoven pour commencer, avec le Quatuor à cordes en fa majeur opus 18 No 1. La violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja (à suivre!) ose des contrastes saisissants. C'est elle qui donne le ton et les impulsions: sonorités tour à tour âpres, lyriques, fragiles et ténues. Même si son archet dérape parfois, on admire ce jeu intrépide qui fait feu de tout bois. Jürg Dähler (alto) et Daniel Haefliger font preuve de la même imagination; seul le second violon Daniel Kobyljansky paraît un peu effacé.
Le Quatuor No 1 du Zurichois Mischa Käser (2005-2006), d'après une improvisation, compose un tout autre univers - crépitant, énigmatique. Le premier mouvement (jeu d'opposition entre des objets sonores irréguliers et des structures régulières) et le deuxième mouvement (ludique) retiennent davantage l'attention qu'un troisième mouvement un peu creux et lapidaire. Le 2e Quatuor de Schönberg, enfin, au matériau riche et dense qui flirte avec l'atonalité, se hérisse sous les archets des quatre musiciens. La voix de Sylvia Nopper, expressive quoique un peu serrée et détimbrée par endroits (l'extrême aigu), exalte les vers du poète symboliste Stefan George. Nous voici bel et bien catapultés sur une orbite intergalactique, respirant «l'air d'autres planètes».
Dynamitskaja !
Richard Letawe sur www.resmusica.com 3.12.2006: Il y a bientôt un an, Patricia Kopatchinskaja avait dû déclarer forfait en dernière minute pour le Concerto de Brahms avec le Symfonie Orkest Vlaanderen, et avait été remplacée par Yozuko Horigome. Elle devait donc une revanche au public du SOV, auquel elle offrait en cette fin de novembre le concerto de Sibelius. Cette violoniste est un drôle de phénomène, qui arrive sur scène pieds nus, vêtue dune robe aux couleurs psychédéliques, et qui déploie durant le concert une énergie farouche, proche de la transe par moments. Cest un spectacle à voir autant quà entendre : elle bondit, se cabre, va se pencher vers les premiers rangs de lorchestre, et finit même par danser dans le Finale. Musicalement, le résultat est très contrasté. Elle met de la rage et de la fougue dans un premier mouvement hyper expressif, quelle dynamite par ses phrasés musclés et lélectricité quelle met dans chaque note. Cest un peu brutal, pas très chantant, mais terriblement efficace, et la salle en reste tétanisée. Après cette première partie assez « brute de fonderie », lAdagio di molto surprend par sa sobriété et son vibrant lyrisme. Cest le mouvement dans lequel linterprétation de Patricia Kopatchinskaja est la plus proche des canons « habituels », et elle sy montre très convaincante, y dévoilant de véritables qualités de musicienne. Le Finale est par contre très problématique : la violoniste en fait trop, arrache tout sur son passage, mais rien ne repousse ! Elle joue bien trop vite, met lorchestre en difficulté, et perd de vue la justesse. On est ici dans le domaine de la performance, très spectaculaire, mais plus tout à fait dans celui de la musique. Dommage, car cette violoniste a incontestablement beaucoup de talent, de personnalité et de panache. Il lui reste à apprendre à canaliser un peu mieux son fougueux tempérament.
Au Paradis avec Patricia
Alain Vildart, La Nouvelle République du Centre-Ouest, 23.10.2006: Dirigé vendredi soir à la Halle aux grains de Blois par Philippe Herreweghe, l'orchestre des Champs Élysées a lui même été ébloui par la prestation de la violoniste Patricia Kopatchinskaja.
Les timbales font résonner les premiers accords de l'un des sommets que représente le concerto pour violon de Beethoven. Ces moments sont livrés avec fraîcheur en ne faisant qu'esquisser l'aspect dramatique qui colle souvent à l'introduction.
Regardant l'orchestre au fond des yeux avec une chaleur palpable, Patricia Kopatchinskaja - remplaçant quasiment au pied levé Alessandro Moccia - est déjà dans son interprétation. Puis l'archet frôle les cordes, un ange descend sur terre.
Jouant pieds nus dans une étonnante robe de poupée russe, c'est à travers tout son corps que s'élève la musique. Une petite voix de cristal se transforme en océan furieux, les cordes deviennent des météores... Elle joue comme en bondissant, avec la tête légèrement baissée mais les yeux tournés vers le haut pour voir les notes s'envoler et ressentir les émotions de ses partenaires.
L'orchestre, si l'on peut dire, joue excellemment comme un seul homme ! Et ce n'est pas si étonnant, puisque si l'on demande les interprètes vivant dans son panthéon, Patricia cite Cecilia Bartoli et... Philippe Herreweghe !
La petite effrontée née en Moldavie vous prend à la gorge et vous pique les yeux. L'étourdissant final se solde par un triomphe auquel se mêlent les membres de l'orchestre subjugués, eux qu'elle remercie avec une émotion non feinte.
Il n'était pas question qu'elle reparte comme elle était venue. Sachant que des musiciens contemporains lui offrent leurs créations, les deux invraisemblables petites pièces qu'elle présente en solo séduisent en même qu'elles font éclater de rire.
Car si elle balaie ses cordes, les pince, les fait grincer ou s'émerveiller, Patricia se met aussi à pépier comme un vol d'hirondelles, crie et s'étrangle. Génial. Toute son attitude évoque une jeune femme, et une fillette espiègle. Comme un étrange écho à «La Jeune fille et la mort».
Car la suite du programme était consacrée à la belle symphonie de Schubert, baptisée « La Grande ». Il y en a bien une que l'on prétend inachevée...
Admirable et survoltée diatribe au violon
Gilbert Mosser, L'Alsace, 17.3.2006: ...L'audace ensuite pour le "concerto funebre" de Karl Amadeus Hartmann (1905-1963), beaucoup de poignante sensibilité pour dire dans une tourmente d'expression la douleur de l'ètre. Cette débauche de cris symbolise les prémices de la guerre en 1939. Mais aussi la mort de son tout jeune fils. C'est véritablement une musique de deuil, composé en 1939, reprise en 1959. Pour l'homme authentique et courageux qui a eu à affronter le pouvoir nazi, l'exacerbation de la pièce traduit bien le déchainement des fureurs; les sentiments ayant besoin de cet exutoire pour que l'homme ose garder la tête hors de l'eau. Alexandre Liebreich s'y révèle à l'aise, lui qui a dirigé à la tête du Münchner Kammerorchester la cérémonie solennelle pour le 100e anniversiare de Karl Amadeus Hartmann.
Et que dire de Patricia Kopatchinskaja? Grâce à son admirable et survoltée diatribe au violon elle s'est confondue dans une oeuvre où le tragique devient presqu'une survie face aux épreuves de la vie...
Tempérament dionysiaque
Simon Corley (Paris) dans www.concertonet.com du 28.7.2005, Festival de Radio France et Montpellier: ...toujours Salle Pasteur, mais la comparaison sarrêtait là, car Patricia Kopatchinskaja et Mihaela Ursuleasa, indépendamment des esthétiques variées, pour ne pas dire opposées, de leur programme, ont livré un jeu physique et débridé, dune formidable intensité.
Déjà assez peu fréquentée, la Huitième sonate (1802) de Beethoven, prise demblée à bras-le-corps, bénéficie encore plus rarement dune telle approche: lengagement se paie certes par des approximations et des effets trop appuyés, où ce qui rappelle dordinaire Haydn ou Mozart se rapproche davantage de Paganini, mais la diversité des attaques et la richesse des couleurs ne laissent pas de captiver lattention. La biographie de la violoniste moldave indique quelle sadonne par ailleurs à limprovisation: on le croit bien volontiers lorsque, dans lAllegro vivace final, elle ne peut sempêcher desquisser de véritables pas de danse.
Ce bouillonnement trouve un défoulement idéal dans Variations I (1958) de Cage, «uvre ouverte» par excellence, puisque la quasi-totalité de ses composantes sont ad libitum (nombre de musiciens, nomenclature instrumentale, durée dexécution), la partition étant réduite à quelques feuilles de papier calque comportant des points, des lignes et des mots. Organisant, à la grande joie du public, un bref happening (quatre minutes) fidèle à lesprit du compositeur, les deux artistes parlent, chantent, toussent et frappent des mains ou des pieds. Lune tourne gracieusement sur elle-même puis croque une pomme, lautre ferme et rouvre le couvercle du piano puis sallonge pour souffler dans un ballon rose jusquà le faire éclater, ce qui leur laisse fort peu de temps, il faut bien en convenir, pour tirer quelques notes de leurs instruments respectifs.
Il était encore question de tempérament avec la Troisième sonate «Dans le caractère populaire roumain» (1926) dEnesco, et ce dans tous les sens du terme, puisque les passages en quarts de ton remettent en cause, de façon extrêmement novatrice pour lépoque, les bases traditionnelles de lintonation. Dune liberté très extériorisée, dun rhapsodisme exacerbé et spectaculaire avec ses glissandi vertigineux, ses gémissements et ses raclements, Kopatchinskaya assume le risque de pencher du côté de Tzigane de Ravel, alors quavec cette sonate, le compositeur roumain rejoint, dans la sublimation de ses racines folkloriques, Bartok ou le dernier Szymanowski.
Inspiré par les mêmes sources, mais autrement plus décoratif, linusable Hora staccato (1906) de Grigoras Dinicu apporte, en bis, une conclusion aussi logique quefficace.
Une perle rare
Remy Rozes dans "Rue des Consuls - Revue diplomatique et internationale", Marseille, Avril 2003:...N'oublions pas non plus le concert en hommage à Prokofiev. Si les Marseillais connaissent bien Michel Bourdoncle, pianiste de grande sensibilité sur lequel pleuvent les meilleures critiques, en revanche ils ont découvert la très jeune violoniste Patricia Kopatchinskaja virtuose à souhait, une perle rare à l'humour déconcertant. A voir, à entendre, à revoir et à réentendre.
Un violon et un piano funambules
Julian Sykes dans la Tribune de Genève, 23.10.2002: Drôle de spectacle: la violiniste Patricia Kopatchinskaja mime le comportement d'un funambule. Ses gestes hachurés, maladroits, traduisent la difficulté de rester en équilibre sur une corde raide. Cette musique contemporaine donnée lundi soir au conservatoire de Lausanne, est écrite par la compositrice russe Sofia Gubajdulina. C' est le portrait d'un funambule étonnament réaliste (Der Seiltänzer pour violon et piano). Au lieu de jouer sur les touches du piano, Eva Aroutiounian s'empare de verres qu'elle frotte sur les cordes de l'instrument. Cela crée une sonorité d'abord caressante, puis de plus en plus grinçante. Le piano ressemble à un instrument de torture: va t'il se briser? Si la forme peut être simpliste, la pièce dégage cet impact poétique qui fait le génie de Gubaidulina. Les deux demoiselles, dont le récital est voué aux compositeurs de l'Est, redoublent d'humour dans une pièce de Gija Kancheli écrite pour Gidon Kremer (Rag-Gidon-Time). Puis elles se frottent à l'ironie du compositeur Ivan Sokolov: Imaginez des morceaux de papier collés sur un globe terrestre. La violiniste joue ces pièces qui parodient le grand répertoire dans un ordre aléatoire et, dans un geste impulsif, en vient à donner un coup de pied dans le globe. Elle s'abat sur le sol, commer morte sous le poids de la tradition. La dramaturgie de cette pièce (Heimat) tranche avec le charactère plus austère de Galina Ustvolskaia. Un peu longue, sa Sonate pour violon et piano (1952) contient en germes les éléments d'un style volontairement linéaire qui culminera dans les années 80. Il ne reste plus qu'à savourer le bis (et quel bis!): La Fantaisie opus 47 de Schönberg oscillant entre une polyphonie savantissime et des lambeaux de valses viennoises.