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Détonnant, le classique de PatKop

Benjamin Ilschner, La Liberté (Fribourg) du 27.7.2009:  Lundi soir à Rougemont, Patricia Kopatchinskaja s'empare de son violon racé pour offrir un récital détonnant. Sous le titre provocateur «parfaitement normal», elle-même et sa complice, la brillante pianiste roumaine Mihaela Ursuleasa, ont réuni des sonates de Mozart, Beethoven, Debussy et Schumann, agrémentées de deux intermèdes pour piano seul. Un choix d'œuvres qui ne sort pas de l'ordinaire, certes, mais la paire d'artistes rassure vite son auditoire: il n'y aura rien de «normal» à déceler dans leur jeu.

Entente aveugle: Les deux mouvements de Mozart sont chargés de spontanéité, l'opus 30/3 de Beethoven ciselé avec un souci permanent du contraste. Les pages de Debussy sont délicatement développées, bénéficiant elles aussi d'une entente aveugle des deux musiciennes. La «Deuxième sonate» de Schumann surprend par l'originalité des sonorités rendues par la violoniste: éminemment personnelle, sa façon d'attaquer les thèmes porte une empreinte plus fantaisiste que romantique. Comme si, à l'image des quêtes de Menuhin, l'ouverture vers des idées nouvelles devait primer sur un discours parfaitement fidèle à une esthétique convenue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une perle rare

 

Un violon et un piano funambules

Julian Sykes dans la Tribune de Genève, 23.10.2002: Drôle de spectacle: la violiniste Patricia Kopatchinskaja mime le comportement d'un funambule. Ses gestes hachurés, maladroits, traduisent la difficulté de rester en équilibre sur une corde raide. Cette musique contemporaine donnée lundi soir au conservatoire de Lausanne, est écrite par la compositrice russe Sofia Gubajdulina. C' est le portrait d'un funambule étonnament réaliste (Der Seiltänzer pour violon et piano). Au lieu de jouer sur les touches du piano, Eva Aroutiounian s'empare de verres qu'elle frotte sur les cordes de l'instrument. Cela crée une sonorité d'abord caressante, puis de plus en plus grinçante. Le piano ressemble à un instrument de torture: va t'il se briser? Si la forme peut être simpliste, la pièce dégage cet impact poétique qui fait le génie de Gubaidulina. Les deux demoiselles, dont le récital est voué aux compositeurs de l'Est, redoublent d'humour dans une pièce de Gija Kancheli écrite pour Gidon Kremer (Rag-Gidon-Time). Puis elles se frottent à l'ironie du compositeur Ivan Sokolov: Imaginez des morceaux de papier collés sur un globe terrestre. La violiniste joue ces pièces qui parodient le grand répertoire dans un ordre aléatoire et, dans un geste impulsif, en vient à donner un coup de pied dans le globe. Elle s'abat sur le sol, commer morte sous le poids de la tradition. La dramaturgie de cette pièce (Heimat) tranche avec le charactère plus austère de Galina Ustvolskaia. Un peu longue, sa Sonate pour violon et piano (1952) contient en germes les éléments d'un style volontairement linéaire qui culminera dans les années 80. Il ne reste plus qu'à savourer le bis (et quel bis!): La Fantaisie opus 47 de Schönberg oscillant entre une polyphonie savantissime et des lambeaux de valses viennoises.

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